16 décembre 2009

Entre le temps et l'hésitation...

Schwarz-Bart vécut ce drame terrible de la reconnaissance immédiate. Le poids s'avère trop lourd; la responsabilité trop contraigante. Il veut guérir; le vaccin offert à la première heure le transforme en ermite. «C’est un écrivain à qui il est arrivé un grand malheur : il a fait ses débuts avec un chef d’œuvre.»

Encore monsieur Assouline qui nous invite à retourner dans la mémoire, puisque «tous avancent dans la lumière de leur vérité secrète».

À lire absolument.


30 novembre 2009

Les conférences numériques

Les conférences numériques

3 novembre 2009

La faune domiciliare




Que j'aime ce lieu pastoral!

Quelques marmottes qui font le bonheur de mes jeunes filles — le beau toutou qui bouge; trois familles de rats musqués qui rôdent autour de la piscine; des écureuils trop nombreux pour le compter qui grimpent sur le mur de stucco et les moustiquaires en nous regardant effrontément; huit mouffettes, bien comptées, attrapées dans les cages, dont deux ensemble la semaine dernière; bien sûr les chats; évidemment les nombreux oiseaux qui viennent se nourrir aux mangeoires; les quelques familles de souris des champs qui gambadent dans le plafond du sous-sol malgré les sacs de moulée empoisonnée et les quelque douze trappes enfromagées dispersées un peu partout. Il y a aussi la faune à peine civilisée qui orbite dans les chambres de l'hôtel, gagne-pain de ma conjointe, mais on y reviendra...

La vie sur le bord du fleuve n'en demeure pas moins idyllique. Les arbres de marais, la coulée à l'eau brunâtre et huileuse, bourrée de résidus huileux et nauséabond fruit de puisards qui rejettent directement leurs eaux; la berge marécageuse immédiatement à côté du pont qui sent le canard et l'algue poisseuse; et ce pont, mais oui ce fameux pont, qui charrie ces points lourds aux freins Jacob, tonitruant les oreilles en faisant vibrer la maison comme autant de tremblements de terre au cliquetis de tout objet plus ou moins bien fixé sur son socle.

Ah! divin lieu pastoral! Jamais le Lac de Lamartine n'aurait semé les larmes que mon fleuve et sa faune ne m'extirpent chaque nuit de tintamarre symphonique.

23 octobre 2009

Le précurseur







Le texte qui suit est cité de la revue Sciences Humaines, octobre 2007, n°186, page 46.

Paul Otlet (1868-1944). Il avait rêvé Internet






Jean-François Dortier
L’homme qui voulait classer le monde est le beau titre de la biographie consacré à Paul Otlet (1868-1944) (1). Ce juriste belge fut un visionnaire, porté par un grand rêve. Les documentalistes le connaissent pour avoir inventé la CDU (Classification décimale universelle). Mais son projet était plus vaste : classer tous les savoirs du monde – livres, articles, photographies… – dans un lieu unique et centralisé. Avec le soutien du roi des Belges, le Mundaneum voit le jour au début des années 1920. Là des équipes classent, répertorient, rédigent des notices avec le but affiché de contribuer au progrès de l’intelligence en classant tout le savoir humain. Le temps passant, le projet prend de l’ampleur. P. Otlet rêve de construire une « cité mondiale » où seraient rassemblés tous les savoirs du monde, et dont Le Corbusier dessinera même des plans et maquettes.
En 1934, P. Otlet imagine dans un texte prémonitoire ce que sera Internet : « Ici, la table de travail ne serait plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements… De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la réponse aux questions posées par téléphone, avec ou sans fil. (…) Utopie aujourd’hui, parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. »
Mais à partir des années qui suivent, P. Otlet perd peu à peu ses soutiens. Finalement le Mondaneum ferme au début des années 1930 et ses collections sont dispersées. Il ne désarme pas, continue de noircir ses carnets de nouveaux projets. En 1934, il publie son Traité de documentation, considéré comme l’ouvrage de base de la documentation moderne. Malgré une reconnaissance internationale, l’aspect utopique de ses projets l’isole de plus en plus… Devenu aveugle à la fin de sa vie, P. Otlet meurt en 1944. Son œuvre sombre dans l’oubli.
Depuis peu, on redécouvre P. Otlet. Il fut non seulement l’inventeur de la documentation moderne mais il avait imaginé Internet, le Web et même Wikipedia bien avant l’heure. Un film et une biographie lui ont été consacrés en 2006.

NOTE

Françoise Levie, L’homme qui voulait classer le monde. Paul Otlet et le Mundaneum,Les Impressions nouvelles, 2006.






Nous soulageons notre ignorance avec de galantes et polies expressions qui deviennent des proverbes. Nous tétanisons nos craintes par de tournures langagières habiles. De tout temps, la marge ne cultive jamais que la solitude et l'incompréhension. Il en est bien ainsi, car le solitaire se régale de l'abandon ambiant. Il s'en masturbe; c'est sa joie, sa drogue. Tel le poète qui se replie sur son texte; l'écrivain qui met fin à ses jours juste après sa dernière conclusion, il n'est jamais que la brique qui tombera du mur avant les autres, que la dernière feuille à s'accrocher au lierre. Je lisais dernièrement un article au sujet de Geoff Powter et de son héros, Conrad Kain dans le Canadian Geography: ce célèbre alpiniste canadien, amant des Rocheuses, décida d'escalader seul le Bugaboo Spire. Seul; en solitaire; suivant le chemin. Powter se lance donc à l'attaque; bientôt, au tiers de l'escalade, il doit renoncer et rentrer à cause de la détérioration de la température. Deux poids, deux mesures : Otlet s'est fait voler définitivement son rêve par la maladie; Powter, par les éléments.

Les défis sont nués comme les gants à l'époque des duels. Le courage de les relever est bouteille à la mer. Et encore faudrait-il faire la part des choses entre courage et aveuglement.

Finalement, montagne ou communication, c'est toujours Sisyphe qui se balance.






22 octobre 2009

Vous dites... cul?

Je suis jaloux. Ouf! Voilà! Je n'aimerais pas exhiber mon encrier à quelque autre plume quelle qu'elle soit.

Agnès Giard de Libération active les testostérones avec son blogue Les 400 culs. Le titre sur lequel nous nous arrêtons reprend une expression fort populaire: Montre-moi ta femme, je te dirai qui tu es!

«Pour vivre heureux, il y a ceux qui préfèrent se cacher. Et puis il y a les autres qui ne conçoivent le bonheur que dans l’idée du partage, y compris érotique: ils exhibent leur conjoint(e). Parfois même ils le/la prêtent.»

Roi-candaule

On parle bien sûr de liberté de part et d'autre. Giard dévie tout le long de son article vers l'absence de droit des femmes voilées ou non. L'homme prête; il justifie ses gestes; il philosophe même sur ses vertus de partage ignorant les sentiments de sa femme.

Preuve que le voile ou l'isolement n'est qu'une partie du problème. Un peu comme la violence psychologique que l'on aime ignorer, que l'on ne s'avoue jamais, la violence physique a mille et unes facettes.

Bonne lecture.