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6 septembre 2008

Le référent (Élection canadienne 001)

Référent : objet du monde auquel un signe fait référence, en tant qu'il est déjà perçu à travers un filtrage cognitif et culturel. Il se distingue donc de l'objet-en-soi (Saussure)Lisez ce texte, je vous rejoins au bas.


Le signe et le sens :La langue est un système de signes et un signe est une image acoustique ayant unsens — un signifié. Ainsi, un signe n'est pas visible : il n'est qu'audible. Il faut donc distinguer soigneusement la conception classique du signe de la conception de Saussure. Car celle-ci compare le mot avec un signe dans le sens propre de ce mot; c'est-à-dire que le signe est une chose visible (par exemple un drapeau) qui renvoie à ce qu'il veut dire. En latin, signum, comme en grec semeion ont une telle signification. D'où la différence visible entre le signe — chose visible — et ce que le signe veut dire. Dans ce sens, il n'y a pas de signelinguistique avant l’écriture. C'est le mot écrit qui dissocie le mot de ce qu'il veut dire et cette séparation peut ainsi rendre le mot écrit comparable au signe visible. Référent et mot écrit surgissent en un même geste et le mot devient un signe qui remplace quelque chose. La question est seulement en quel sens? Et la réponse est que ce rapport est modelé sur le mot qui semble avoir une relation immédiate à son référent et qui semble lui appartenir; c'est-à-dire le nom propre. De cette façon, le mot peut avoir une relation à son référent parce qu'il est le nom de ce référent; il est ce qu'il nomme proprement selon le modèle du nom propre. Signer, c'est écrire son nom qui est là sur la feuille en l'absence de son référent nommé. Ainsi s'institue le cercle de la philosophie entre le mot et la chose — ou plus généralement — entre le mot et le référent. À partir de ce cercle, c'est le référent et le problème du sens quideviennent importants et la discussion philosophique se concentre sur le statutdu référent et sur le lien entre les deux (choses, idée, signification, etc.). Ce qui est présupposé, c'est que le mot est un nom. Le nominalisme convient donc pour Platon aussi bien que pour Aristote, et il détermine aussi bien le naturalisme que le conventionnalisme comme les deux prises de position sur le rapport entre le mot et le référent. Dans la grammaire, ce cercle soutient la thèse, quant au parallélisme logico-grammatical, que la grammaire reflète la logique. Selon cette conception, la parole est portée par la pensée comme elle est analysée par l’écriture. Voilà pourquoi le cercle entre la parole et l’écriture fut rompu en même temps que la grammaire se dissocie de la logique. Pour Saussure, on vient de le voir, ceci implique de lier la parole à la langue et pas directement à la pensée. Mais c'est aussi dans le même geste qu'estdénoué le cercle mot-référent dans le sens qu'il ne fait pas une nouvelle théorie du référent, mais ce qui est plus fondamental, une nouvelle théorie du mot qui nous permet de dépasser la circularité entre le mot et le référent.
http://www9.georgetown.edu/faculty/spielmag/docs/semiotique/signe1.htm
(Guy Spielmann, Georgetown)

Ne vous inquiétez pas, je ne désire pas vous entraîner dans une séance de masturbation intellectuelle. Aussi jouissante puisse-t-elle être, j'aimerais simplement pointer l'actualité de cette discussion à l'orée de cette élection canadienne déclenchée le sept septembre par monsieur Harper et achevée le 14 octobre, le mardi suivant l'Action de Grâce. Parenthèse : trois semaines et des miettes avant la conclusion de l'Américaine.

Que viennent faire le référent et le signe sur cette piste démocratique?
Les campagnes électorales se composent en grande partie de paroles : les dites, les rapportées, les senties, les cajoleuses, les cruelles; bon, nous ne ferons pas le tour des qualificatifs. Toujours est-il que les mots auront le haut de pavé. La majorité des personnes qui utiliseront ces mots n'en connaîtront fort probablement pas toutes les définitions; j'imagine que leur connaissance lexicologique minime. Je ne parle pas bien sûr quantitativement, mais qualitativement. Les mots à leur disposition pour tourner autour de pot ne manqueront pas; mais la signification qu'ils voudront accoler à ces mots demeurera souvent obscure voir ignorée. Ces mots seront livrés en pâture à la population. Cette population, souvent représentée par des journalistes, les recevra en réverbération. Il faudra donc faire confiance à ces transmetteurs. Premier niveau d'interprétation. Ensuite, les lecteurs, plus souvent les auditeurs puisque nous ne lisons plus, dès la réception, commenceront le jeu du téléphone. Les mots s’y dilueront comme l'eau de mer dans le golfe Saint-Laurent, et vice versa. Où sera le sens des mots? Nous aurons sauté d'ignorance en ignorance.

Quand Saussure parle de cette dialectique entre le signe et sa source, le référent, la chose, le concept, nous tombons très rapidement dans une abstraction. Une belle et fascinante abstraction. Pour les électeurs, il s'agira d'une confrontation. Le politicien, le référent, tentera de convaincre la population, le signe, que sa liaison proposition-réalité est la meilleure. La population se divisera sur un certain nombre de lignes paramétrées sur leur vision de ces réalités offertes par les propositions. À la fin, une décision démocratique décidera de la relation la plus crédible, du moins la plus désirée. Dès lors, le référent, toujours le politicien, jouera sur un nouveau signe, une nouvelle interprétation de la réalité. Le besoin de soutien aura disparu pour un temps. Comme le consensus temporaire qui fit que Goupil servit à l'identification d'un animal, et que plus tard ce consensus pencha pour le nom renard.

Il faudra bientôt poursuivre cette discussion sur la pertinence et l'intégrité de cette relation.

À bientôt!

24 janvier 2008

La francofolie du Québec

Le plus décevant dans tout ce débat demeure le fait que les "parlants" français continuent de capituler. Malgré des législations, des restrictions, de la mauvaise presse, la langue anglaise progresse inexorablement; non, je devrais plutôt dire que le français régresse pathétiquement. De plus, il est bien naïf de croire qu'une éventuelle souveraineté, voire une recrudescence de la promotion du français législativement ou médiatiquement puisse y changer quoi que ce soit.
Une langue vit parce qu'on la parle, envers et contre tous. Une langue vit parce qu'on l'aime tellement qu'on la force systématiquement dans les oreilles de tous. Ma foi, les jeunes francos de Collège Glendon à Toronto ont plus de mérite à afficher leur beau français dans la ville reine que tous les heureux joualleux qui amochent quotidiennement notre "pourtant" si beau français à la grandeur du Québec.
J'aimerais bien que quelqu'un m'explique la progression fulgurante de l'espagnol partout aux États-Unis, même dans les lointains états du Nord-Ouest: Wyoming, Dakota, Idaho; la seconde langue présente sur les divers guichets destinés à la clientèle est l'espagnol. Voilà dix ans, c'était le français! Je sais, j'y étais. En Floride, tout est bilingue - à Miami-Sud, tout un quartier est unilingue; même dans les restaurants, il devient parfois plus difficile d'entendre un anglais un peu compréhensible. Une loi protège-t-il donc cette langue en péril? Mais non! Les hispanophones ont-ils alors une grammaire parfaite, un vocabulaire riche, une syntaxe respectueuse? J'en doute... Mais je ne suis pas en mesure de répondre à cette question, la qualité de mon espagnol ne me le permet pas. Finalement, je crois que c'est simplement parce qu'ils ont décidé de parler leur langue; que leur langue à eux, un méli-mélo de toutes sortes d'espagnols d'ailleurs provenant d'un peu partout dans le monde, ils en sont solidaires. Ils ne s'enfargent pas dans les fleurs du tapis; ils sont fiers de gueuler leur langue; le serveur, l'avocat, le professeur, le manoeuvre, les p'tits qui se chicanent dans la ruelle...
Alors pas de sympathie pour les pauvres québécois qui passent leur temps à parler des sondages, des enquêtes, des pronostics, de la démographie et autres bonbons subventionnaires. Pas de sympathie!

20 novembre 2007

Conjugaisons plus-que-parfaites



Un film français d'une certaine époque racontait l'histoire d'un valet d'ascenseur qui lança sa version d'un slogan pour l'hôtel où il travaillait; il apprit qu'il avait remporté le prix du meilleur slogan et que l'hôtel allait utiliser sa phrase, désormais célèbre, dans sa publicité: À l'imparfait de nos voisins, notre réponse sera notre service plus-que-parfait. Assez rapidement, tout le monde sut que ce gentil, et inoffensif, valet deviendrait leur marquis. Il prit l'ascenseur de la société!
La belle époque où les jeux de mots faisaient rire, ou du moins sourire, parce qu'ils étaient compris. Je me demande si les verbes de notre jeune homme étaient toujours bien accordés? Avait-il mis les traits d'union? Avait-il seulement conscience qu'il utilisait deux temps de l'indicatif? Ah! Ha! Et n'allons surtout pas parler de la spécificité de leur emploi... Mais, au moins, la connaissance de la conjugaison par le commun des mortels devait nécessairement inclure une base de compréhension du verbe, pour que le réalisateur du film décide d'inclure dans son intrigue ce fameux jeu de mots.

Une personne me signalait un jour la totale inutilité de certains modes en français; et la situation se produisait en anglais aussi, et dès lors, dans toutes les langues. Pourquoi pas? Sa rebuffade mentionnait le futur antérieur: J'aurai fait. Je lui présentai l'énigme suivante. Comment relayer l'information suivante: ma conjointe et moi dînons ensemble. Elle me signale sa répugnance de voir le lit en désordre lorsqu'elle revient à la maison le soir. Comme je suis régulièrement le dernier levé, son regard inquisiteur connecte facilement ma culpabilité. Je lui promets que ce soir, lorsqu'elle mettra les pieds dans notre chambre, le lit sera fait. Eh! Oui! À ton arrivée chez nous à la fin de ta dure journée, j'aurai fait le lit chérie. Comment le dire autrement?
L'économie de la langue répond à tout. Les économistes d'estrade linguistique font pitié. Ils sont si ridicules. Leur charme n'est plus charmant; il est devenu pitoyable.

Lisons Littré:
"CONJUGUER
(kon-ju-ghé) v. a. 1°Unir. Peu usité en ce sens.
2°Terme de grammaire. Assembler dans un ordre déterminé les différentes
inflexions ou terminaisons des modes, des temps, des personnes et des
nombres
d'un verbe. Conjuguer un verbe. Absolument. Savoir conjuguer.
3°S'unir. L'astre du jour répand sur tous les mondes
d'autres concerts de lumières.... en se conjuguant avec d'autres Phébés, BERN. DE
ST-P.
Mort de Socrate.
4°Se conjuguer, v. réfl. Être conjugué. Ce
verbe se conjugue comme ou sur
tel autre, avec l'auxiliaire être ou avoir. Lat.
conjugare, réunir ensemble, de cum, et
jugum, union, proprement joug (voy. JOUG).
En termes de grammaire, conjuguer un verbe, c'est en réunir toutes les
formes
dans un arrangement déterminé."

Fascinant tout de même: Voir conjugual alors, et conjoncture...

Au delà des personnes, l'accentuation du verbe l'inocule de tout son sens, quand ce ne fût que pour qu'il habitât le socle que des siècles et des siècles de jaugeage ont paufiné. Je n'aime pas particulièrement la langue recherchée ni les tournures oiseuves. J'aime, toutefois, j'adore le jeu.
Maman lisait beaucoup: des livres parmi lesquels se trouvaient des oeuvres de cinquième tablettes au haut du mur du boudoir, constamment hors d'atteinte... que j'atteignais quand même. Elle parlait plusieurs langues maman; non, vous pensez, pas l'anglais, ou si mal! Elle parlait le professionnel, le voisinnage, l'amie de coeur, le fils que j'aime, le marchandage, le non ma fille. Maman était polyglotte. Elle s'était même permis un jour de mes 14 ans de me lancer: "On aurait jamais dû t'envoyer au séminaire, tu veux toujours avoir le dernier mot!" Maman et ses conjugaisons de la vie m'ont éduqué à la conjugaison française, car son temps se consumait dans mon enfance.

À 14 ans, j'ai travaillé à distribuer des dépliants pour l'Historium près du sanctuaire de Notre Dame du Cap; un attrait touristique de courte durée. Sur mon coin, à l'entrée du terrain du sanctuaire, je tendais mon butin et recevait toutes sortes de sourires en toutes sortes de langues. Je commençais à comprendre les paroles de mon père: "Quand on croit très très fort, on peut parler en langues". Mais les verbes de ma mère me parlaient beaucoup plus. Quelques années plus tard, j'ai travaillé dans un clinique pour alcooliques: professionnels, clochards, héroïnomanes, jeunes et vieux, prêtres et avocats, hommes d'affaires et contracteurs. Ils avaient un point en commun: leur dépendance; ils m'ont toutefois donné un superbe cadeau: l'art de maman de parler plusieurs langues.Cette race de polyglottes est en voie d'extermination. On parle bien ou on parle mal. Il est de plus en plus difficile de parler au monde; il entend, mais n'écoute pas. À oublier les conjugaisons, on perd notre perspective sur la vie et sur les différences. Tout se ressemble au royaume du neutre. Adaggio est mort! La valse à quatre temps de même... Et puis, après tout, ne sommes-nous pas devenus des sourds fonctionnels?

10 novembre 2007

Dix ans d'intégration de technologies dans les cours de littérature


Pierre Picard, enseignant en littérature, Collège Laflèche


1996 : Une grammaire interactive.
Le début de l’aventure informatique débuta en 1996 avec l’utilisation d’un logiciel de grammaire interactive : Communication écrite. J’avais pris le pari que cela améliorerait la motivation, la persévérance et la performance linguistique de mes étudiants. Ce projet fut l’objet d’une subvention de recherche dont les résultats illustrèrent une plus value de cet outil pour les étudiants en difficultés. Cela fut le départ d’un cheminement pédagogique qui évolue depuis dix ans.
1998 : La rédaction à l’ordinateur.
Une étape relativement récente de ce parcours fut l’organisation de la rédaction des exercices formatifs et de certains ateliers sommatifs au traitement de texte sur ordinateur. Les étudiants n’avaient accès à aucune aide orthographique ni grammaticale en ligne; ils avaient tout de même droit aux trois documents de référence traditionnellement permis. Le nombre de fautes chutait dramatiquement lorsqu’ils rédigeaient à l’ordinateur. Je fais l’hypothèse que la plateforme écran/clavier modifiait leur niveau de concentration; celle du papier et du crayon suivait l’approche graphie/sens alors que l’autre approche en développait une de graphie/outil. Dès lors, le cerveau démontait plus systématiquement chaque composante du mot puis de la phrase. Chez les étudiants faibles, cette procédure amenait les trente fautes et plus à des performances en dessous de 15 fautes pour un texte de 700 mots.
1999 : Antidote.
En 1999, une formation sur Antidote 98 fut donnée systématiquement en classe. La simple motivation de pouvoir l’utiliser pour corriger leur texte fut suffisante pour qu’une forte majorité des étudiants développent une bonne compétence sur cet outil et l’utilisent régulièrement pour corriger leurs travaux dans mes cours, mais aussi pour leurs travaux dans les autres matières. Je me disais, et me dis encore, qu’il n’y avait pas de mal à amener mes étudiants à ressasser leurs règles à l’aide d’une grammaire, de chercher des synonymes dans un dictionnaire de synonymes, de fouiller une conjugaison dans un annuaire de conjugaison ou de consulter certaines définitions dans un dictionnaire grâce à un instrument plus efficace et plus dynamique. Bien sûr, cet outil corrigeait automatiquement la plupart des erreurs orthographiques. Je donnais ce bonus à mes étudiants sachant que cette dimension de leurs faiblesses linguistiques n’avait pas un impact majeur sur leur performance globale. En effet, plusieurs des échecs à l’Épreuve uniforme se situent, dans notre collège, au niveau de la grammaire et de la syntaxe.
2002 : La rédaction terminale sommative à l’ordinateur.
Depuis maintenant cinq ans, mes étudiants ont le loisir de rédiger sur des ordinateurs, en laboratoire, leurs analyses littéraires et leurs dissertations explicatives. L’examen se déroulant en deux blocs de deux heures durant la quinzième semaine de la session, les étudiants se présentent au laboratoire informatique pour le deuxième volet. Après leur avoir remis leurs notes des deux premières heures, ils commencent leur rédaction en utilisant le logiciel de traitement de texte. Les étudiants sont habitués à cette routine puisqu’ils ont fréquenté le laboratoire pour des activités en ligne chaque semaine à raison de deux heures par semaine. Cette démarche fut accueillie avec joie par les étudiants qui savaient d'ores et déjà que leur nombre de fautes diminuait grâce à l’ordinateur et qu’en plus ils pouvaient utiliser Antidote. Pour la première fois de ma carrière, j’observais une majorité de mes étudiants fouiller un dictionnaire pour s’assurer d’une bonne définition; vérifier une construction syntaxique ou un accord grammatical obscur; s’amuser à trouver des synonymes plutôt savants pour embellir leur texte. Je me réjouissais aussi sachant qu’à la fin de l’exercice, je recevrais un texte imprimé en Times New Roman 12 points ainsi qu’un fichier en ligne que je pouvais consulter même de l’extérieur.
Depuis 2005, une plus grande efficacité pour l’enseignant et un objet de fierté pour les étudiants!
Quel fut l’impact de l’utilisation du logiciel de traitement de texte pour une rédaction traditionnellement faite de façon ... de pensum, la rédaction est devenue un défi; de rabroué, leur français est devenu un objet de fierté. manuscrite? Cette utilisation a amené une réduction globale du nombre de fautes, amélioré la syntaxe et la cohésion générale du texte, systématisé une correction minutieuse et encouragé l’apprentissage d’un assistant informatique à la rédaction. J’ai aussi le sentiment que les étudiants ont développé une attitude différente envers ce type de rédaction, honni par plusieurs, ainsi qu’envers leur langue : de pensum, la rédaction est devenue un défi; de rabroué, leur français est devenu un objet de fierté.
L’aspect humain et l’amour de sa langue maternelle ont toujours été primordiaux dans mon enseignement. Les applications pédagogiques de l’ordinateur me permettent de rencontrer les étudiants sur un territoire familier déjà apprivoisé par une majorité d’entre eux. En les invitant à y travailler leur cours de formation générale, je les amène à découvrir une nouvelle façon de voir, d’écrire, leur langue maternelle, non plus en jargon de clavardage, non plus en code MINIMESSAGE, non plus en amalgame d’extraits repiqués sur la Toile, mais en devenant les artisans d’une production originale, structurée et efficace.

31 octobre 2007

Pour une décolonnisation

Rasseoir Paris! Ville lumière qui obscurcit par son claironnement linguistique. Faut-il vraiment traduire le français d'outre-mer pour vendre sur Paris. Les précieuses ridicules n'ont jamais quitté Versailles. Allez écrivons! Mais attention! Écrivons français! Les jargons ont le souffle court et les jarrets fragiles.

http://www.lianes.org/Manifeste-pour-une-litterature-monde-en-francais_a128.html

À bon entendeur!

22 mars 2007

La ponctuation

La ponctuation, si jeune soit-elle dans l'histoire de notre langue, est devenue le sel de l'expression. Sans elle, point de salut! Lisons cet extrait sans espace ni ponctuation comme c'était le cas au Moyen Âge :

maislaparfaiteindépendancedesmusclesduvisageàlaquellemdenorpoisétaitarrivéluipermettait découtersansavoirlairdentendremonpèrefinissaitparsetroublerjavaispenséàdemanderlavisdela commissiondisaitilàmdenorpoisaprèsdelongspréambulesalorsduvisagedelaristocratiquevirtuose quiavaitgardélinertieduninstrumentistedontlemomentnestpasvenudexécutersapartiesortaitavec undébitégalsuruntonaiguetcommenefaisantquefinirmaisconfiéecettefoisàunautretimbrelaphrase commencéequebienentenduvousnhésiterezpasàréunirdautantplusquelesmembresvoussont individuellementconnusetpeuventfacilementsedéplacercenétaitpasévidemmentenellemêmeune terminaisonbienextraordinairemaislimmobilitéquilavaitprécédéelafaisaitsedétacheraveclanetteté cristallinelimprévuquasimalicieuxdecesphrasesparlesquelleslepianosilencieuxjusquelàrépliqueau momentvouluauvioloncellequonvientdentendredansunconcertodemozarthébienastuétécontentde tamatinéemeditmonpèretandisquonpassaitàtablepourmefairebrilleretpensantquemon enthousiasmemeferaitjugerparmdenorpoisilestalléentendrelabermatantôtvousvousrappelezque nousenavionsparléensembleditilensetournantverslediplomatedumêmetondallusionrétrospective techniqueetmystérieusequesilsefûtagiduneséancedelacommission

Le lecteur médiéval devait se satisfaire de cet arrangement. Quelques centaines d'années plus tard, les espaces entre les mots, puis des points apparaissaient. Aujourd'hui, nous avons la vie facile avec la ponctuation moderne. Encore faut-il la maîtriser!

Voici la source internet de cet extrait de Proust:
http://fr.wikisource.org/wiki/À_l

Et voici le texte présenté dans sa forme contemporaine:

"Mais la parfaite indépendance des muscles du visage à laquelle M. de Norpois était arrivé, lui permettait d'écouter sans avoir l'air d'entendre. Mon père finissait par se troubler: «J'avais pensé à demander l'avis de la Commission...» disait-il à M. de Norpois après de longs préambules. Alors du visage de l'aristocratique virtuose qui avait gardé l'inertie d'un instrumentiste dont le moment n'est pas venu d'exécuter sa partie, sortait avec un débit égal, sur un ton aigu et comme ne faisant que finir, mais confiée cette fois à un autre timbre, la phrase commencée: «Que bien entendu vous n'hésiterez pas à réunir, d'autant plus que les membres vous sont individuellement connus et peuvent facilement se déplacer.» Ce n'était pas évidemment en elle-même une terminaison bien extraordinaire. Mais l'immobilité qui l'avait précédée la faisait se détacher avec la netteté cristalline, l'imprévu quasi malicieux de ces phrases par lesquelles le piano, silencieux jusque-là, réplique, au moment voulu, au violoncelle qu'on vient d'entendre, dans un concerto de Mozart.

«Hé bien, as-tu été content de ta matinée? me dit mon père, tandis qu'on passait à table, pour me faire briller et pensant que mon enthousiasme me ferait juger par M. de Norpois. Il est allé entendre la Berma tantôt, vous vous rappelez que nous en avions parlé ensemble, dit-il en se tournant vers le diplomate du même ton d'allusion rétrospective, technique et mystérieuse que s'il se fût agi d'une séance de la Commission."

Écoutez attentivement cet extrait - il dure une trentaine de minutes, mais est vraiment très intéressant - et commentez l'avenir de notre ponctuation face à l'informatique et à tous les trucs qui sont formés à l'aide de la ponctuation.

http://www.canalacademie.com/La-ponctuation-ou-l-art-d.html

15 mars 2007

L'outre-France

Le français nous a par les tripes. La langue est en nous. Mais ce que nous avons exporté avec nos minces bagages ne constitue pas un doux souvenir pour les Français. Peu importe la qualité, nous sommes toujours les exclus marginaux de la métropole. Comme le sont aussi d'ailleurs tous les "regionnaux" dans les platebandes mêmes et autour du tout Paris de Richelieu.


Intéressant le commentaire qui suit:



http://www.lianes.org/EDITORIAL-Francophonie-dialogue-des-cultures-ou-dialogue-avec-la-France-_a120.html

Bonne langue...!

9 mars 2007

Et la ponctuation;

Voici un enregistrement dont la source est le Canal Académie en France. Il traite d'un nouveau livre qui traite de l'histoire de la ponctuation. Il dure une trentaine de minutes, mais il en vaut la peine.

http://www.canalacademie.com/emissions/pag237.mp3

Je vous invite donc à l'écouter attentivement.

Après tout, quoi de plus fascinant que de jouer avec ce merveilleux outil aux possibilités infinies.